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Robert Rochefort, député européen du Mouvement Démocrate, a été interrogé par le quotidien régional du Sud-Ouest, mardi 1er
décembre, concernant l'entrée en vigueur aujourd'hui du Traité de Lisbonne, ratifié par les 27 Etats membres de l'Union européenne :
"Il y a une Europe qui peine à avancer, et les peuples eux-mêmes sont inquiets face à une Europe qu'ils ne perçoivent pas comme démocratique. Malgré tout, il y a une Europe qui avance en vertu
d'un principe d'efficacité face à ses blocages.
Le traité de Lisbonne, c'est un peu un élément de consensus, puisque tout le monde a fini par le ratifier, bien qu'il n'amène pas le souffle nécessaire dont les citoyens avaient besoin. Mais je ne néglige pas la disposition qui prévoit la possibilité de pétition pour organiser des référendums européens sur des sujets divers et variés, dès qu'on aura réuni 1 million de signatures.
Un autre élément important, mais plus complexe, c'est l'extension du champ de la codécision. Au lieu que les chefs d'État et de gouvernement décident tout seuls, le Parlement européen, c'est-à-dire l'expression du peuple, sera intégré dans la décision, notamment dans le domaine de la politique agricole commune.
Le Parlement européen sera-t-il capable d'exprimer un point de vue qui ne soit pas technocratique, mais qui sera celui des peuples ? C'est un combat, parce qu'on sait bien que sur l'agriculture il y a entre les pays des différences de sensibilité pas seulement liées à leurs dirigeants."
Dans le quotidien régional "Sud-Ouest", Robert Rochefort, député européen du Mouvement Démocrate, publie une tribune relative au choix
du Belge Herman Van Rompuy à la présidence du Conseil de l'Europe.
"L'élection de Herman Van Rompuy n'est pas en soi un événement enthousiasmant. Ce n'est pas une figure politique internationale avec une personnalité qui apparaît suffisante pour incarner la mise
en oeuvre du traité de Lisbonne.
Cela étant, à Bruxelles c'est un homme d'État respecté pour ce qu'il a fait dans son pays en réussissant à apaiser les querelles linguistiques.
On peut penser cependant qu'il va savoir « essuyer les plâtres » sur les aspects techniques de la mise en oeuvre du nouveau traité. Il a déjà montré qu'il est un bon négociateur, même s'il n'est pas très médiatique, peut-être cela valait-il mieux.
Je constate d'ailleurs que les nominations à la tête de l'Europe respectent la parité.
Pour moi, il ne s'agit pas seulement de la parité hommes-femmes, mais surtout de la parité entre pays fondateurs de l'Europe et nouveaux membres.
Un Belge, c'est un homme qui est originaire de l'un des six pays signataires du traité de Rome, attachés aux valeurs fondamentales de l'Europe. En revanche, Mme Ashton, en tant qu'Anglaise, représente tous les nouveaux pays entrants et partisans du libéralisme.
Comme il l'a fait dans son propre pays, on peut espérer qu'il soit celui qui aide l'Europe à débrouiller les sacs de noeuds dans laquelle elle s'empêtre."
Dans le cadre des Semaines sociales qui s'ouvriront le 20 novembre à Villepinte (93), Robert Rochefort, député européen du
Mouvement Démocrate, a accordé un entretien à "Familles chrétiennes".
Familles chrétiennes : Vous préconisez la création d'un « ministère des générations à venir ». Pourquoi ?
Robert Rochefort : Beaucoup de questions convergent aujourd'hui vers les générations futures. La dette publique, par exemple, pour laquelle ma formation politique tire la sonnette d'alarme. Elle
est un fardeau transmis aux générations à venir. Léguer une dette à une population qui croît, passe encore, mais à une population qui décroît ! Même raisonnement pour le financement des
retraites. L'intérêt d'un « ministère des générations à venir », c'est de visualiser les défis sur le long terme, ce qui s'avère indispensable pour la classe politique et pour les
citoyens.
Quel est l’impact du divorce sur les liens intergénérationnels ?
Aujourd’hui, paradoxalement, la famille demeure la cellule de base de la société. Quand la « famille nucléaire » (un
papa, une maman et deux enfants) est apparue au début des années soixante, on a voulu tirer un trait sur la famille dite « verticale » qui incluait les grands-parents restés à la campagne.
Quarante ans plus tard, la famille nucléaire souffre de plus en plus des ruptures conjugales. Cela a redynamisé les liens – affectifs mais aussi matériels – avec la famille verticale, comprenant
aussi les fratries et les cousins. On voit les enfants reprendre les petites entreprises de leur père, des frères qui s’associent pour monter la leur. Dans le même temps, des « mamies »
s’occupent des enfants en difficulté : dans les barres HLM, elles proposent leur aide pour les devoirs.
Cela n’empêche pas la population européenne de vieillir à grande vitesse ?
Il y a une corrélation entre longévité et natalité. Selon une étude récente, plus les grands-parents ont de
petits-enfants, plus ils sont heureux ! Nous savons que le fait d’être heureux favorise la longévité. Au Parlement européen, il existe des « intergroupes », des groupes de travail réunissant des
députés de tous bords, sur des sujets précis tels que le vieillissement, la famille, ou autres. Je souhaite en créer un nouveau sur la démographie. Pourquoi ? À en croire les chiffres de l’ONU,
d’ici à 2050, l’Europe sera le seul continent à perdre de la population. Et pas qu’un peu : de 50 à 100 millions d’habitants !
Dans notre société, les générations cohabitent plus qu’auparavant. Je m’explique : une petite fille qui naît aujourd’hui connaîtra sept générations (arrière grands-parents, grands-parents,
parents, enfants, petits-enfants, arrière petits-enfants) alors qu’en 1850 elle n’aurait connu que ses grands parents (brièvement), ses parents et ses enfants. Il faut donc apprendre à vivre dans
une société intergénérationnelle.
Jadis, les grands-parents de soixante-cinq ans confiaient les clés de la société et de l’avenir à leurs petits-enfants. Aujourd’hui, avec l’augmentation de l’espérance de vie, ils sont encore
profondément ancrés dans la vie active de la société et, par conséquent, les jeunes ont du mal à trouver leur place.
La doctrine sociale de l’Église peut-elle être une boîte à idées pour la société ?
Oui, bien sûr ! La dernière encyclique de Benoît XVI tombe à pic en ces temps de crise. Les gens en ont assez de
l’hyperconsommation et d’une société qui a perdu toute logique de gratuité.
Quel rôle l’Église peut-elle jouer dans la transmission des valeurs ?
Il semble que les jeunes générations rejettent tout ce qu’elles ont reçu. En fait, elles les retrouvent lorsqu’elles arrivent à la trentaine et qu’elles doivent transmettre à leur tour. Le constat est différent en ce qui concerne la foi. Car la foi s’expérimente, c’est d’abord une rencontre. Le jeune adulte peut retrouver le parfum de la religion de son enfance, cela ne suffit pas pour avoir la foi. Beaucoup rejettent les institutions, leur reprochant de ne pas vivre ce qu’elles professent. Le christianisme affirme justement qu’il est dans la nature de l’homme d’être appelé à des choses qui le dépassent, même si elles paraissent trop ambitieuses.