Dans un entretien accordé au quotidien "France-Soir", Corinne Lepage, députée européenne et vice-présidente du Mouvement
Démocrate, a réagi sur les enjeux débattus actuellement au Sommet de Copenhague.
France-Soir : En tant que spécialiste reconnue de ces questions, êtes-vous personnellement impliquée dans le sommet de Copenhague ?
Corinne Lepage : Oui, en tant qu'un des douze membres de la délégation officielle du Parlement européen, dont je suis le vice-président de la commission environnement. Quel est l'enjeu global du
sommet de Copenhague ? Va-t-il permettre d'aller plus loin que Kyoto ? Le but de Copenhague est de conclure un accord mondial sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre pour remplacer
le protocole de Kyoto qui arrive à échéance en 2012. Il s'agit de trouver d'ici au 18 décembre un accord permettant de limiter à 2 degrés la hausse de température moyenne de la planète. Un des
objectifs concrets de Kyoto s'est matérialisé avec l'accord européen des « 3 fois 20 » ou réduire l'émission de gaz à effet de serre (Gaes) moyennant 20 % d'économie d'énergie, 20 % de réduction
des émissions de CO2, et 20 % d'utilisation d?énergies renouvelables en plus.
Y a-t-il une opposition entre les pays riches et ceux en voie de développement ?
Je vois plutôt trois blocs : 1. Un bloc Europe, avec son paquet climat énergie, et ses « 3 fois 20 », avec une forte demande pour aller vers 30 %. C’est le bloc le moins pollueur. 2. Un bloc Etats-Unis très pollueur et climatosceptique, bien qu’Obama soit plus proactif que Bush, en parlant de plan smart grid. 3. Le bloc des pays du Sud, lui-même non homogène : la Chine est le premier émetteur de Gaes car les Chinois sont nombreux. Mais un Chinois émet en moyenne 4 tonnes de CO2 par an, un Européen 10 tonnes, un Français 8, un Américain 20 et un Bengladeshi 1,5 ! En revanche, l’Afrique n’est responsable que de 4 % de la production de Gaes et l’essentiel de l’émission de CO2 y vient de la déforestation. L’opposition réside donc plutôt entre Etats pro ou anticlimat. L’idée du sommet est d’arriver un jour à une équité par terrien, dont la moyenne serait de 2 tonnes de CO2 par individu et par an.
Mais le groupe du G77 (pays en voie de développement) accuse l’Occident d’avoir une « dette climatique » !
Il est vrai que les pays du G77, comme la Chine, le Brésil ou le Soudan, en désaccord avec la présidence danoise et l’Occident, dénoncent la « responsabilité historique » des pays industrialisés qui polluent la planète depuis le XIXe siècle. Il y a certes dans l’idée de « dette climatique » une forme de ressentiment anti-occidental. Il est vrai que les Occidentaux polluent depuis plus longtemps, mais ce thème est surexploité par le G77. Et lorsque l’on nous dit que si la Chine est le plus grand émetteur c’est parce que les Occidentaux achètent, c’est trop facile. Autre problème, les grands pays émergeants comme la Chine disent qu’au lieu de réduire leur émission de Gaes, ce qui pénaliserait l’économie des pays en voie de développement forcément plus producteurs de croissance et de Gaes, ils sont prêts à réduire leur « intensité carbone », ce qui est différent et moins contraignant. Pour faire simple, cela signifie que lorsqu’un point de production industrielle ou de croissance économique entraîne 1 % de croissance énergétique, ils sont prêts à limiter la croissance énergétique ou intensité carbone à 0, 70 % au lieu de 1, par exemple, ce qui est différent de la réduction de l’effet serre. Mais le problème du financement de l’effort de réduction de la part des pays du G77 reste entier.
Comment financer le développement du Sud et son adaptation climatique ?
Les Etats-Unis voulaient que ce soit financé par la banque mondiale, mais les pays en voie de développement ont refusé et avancent l’idée d’un Fonds mondial du climat, qui sera créé avec le concours des pays développés pour aider les pays en voie de développement à financer l’adaptation au changement climatique.
Allons-nous vers un succès ou un échec ?
Je crains que ce ne soit pas un succès, mais ce ne sera pas pour autant un échec. Nous sommes dans une zone grise, dont le caractère plus ou moins blanc résultera de trois données : 1. Du niveau des objectifs. 2. Du caractère contraignant ou non de ces objectifs. 3. Des montants de l’argent mis sur la table. Pour le moment, nous connaissons des échauffourées, avec quelques signes négatifs, notamment la déclaration du président de la Commission européenne, M. Barroso, qui affirme qu’il n’y aura pas de convention et que nous aurons au mieux un accord politique. Quant à lui, M. Borloo dit qu’un grain de sable peut à tout moment tout faire gripper.
Quel message voulez-vous transmettre au monde ?
Je pense que le climat est vraiment un sujet majeur pour tous les êtres humains et que la première exigence qu’un citoyen a à l’égard de son gouvernement et du monde est que soient assurées sa vie et celle de ses enfants. Or aujourd’hui, ces questions sont entre les mains des exécutifs et non des Parlements nationaux, qui n’ont aucun pouvoir (bien que nous, au Parlement européen, nous surveillions, donc comptions un peu plus). S’il y a échec des gouvernements, cela signifiera qu’il y aura un problème de gouvernance au niveau mondial, car nos représentants nationaux n’auront pas été capables de défendre les peuples du monde.
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Corinne Lepage, 1ère vice-présidente de la commission Environnement du Parlement européen, exprime sa déception à l'issue
du Sommet européen, qui a abordé la question du financement de la lutte contre le changement climatique.