Robert Rochefort, député européen, a dénoncé au nom du Mouvement Démocrate la publication par la presse de plusieurs
sondages "financés par l'Elysée", dans laquelle il voit un manquement "déontologique" pour les titres concernés et "d'équité" entre les publications.
Au regard des éléments rendus publics jeudi par la Cour des comptes dans son rapport sur le budget de l'Elysée, il apparaît que certains sondages publiés dans la presse ont été "financés par
l'Elysée via un cabinet-conseil", a déclaré le député européen.
Il ne s'agit pas de dire que parce que le sondage est payé par l'Elysée il est forcément truqué dans ses résultats ou dans la façon de poser les questions, mais cela pose clairement un problème
d'équité entre les titres de presse: il y a ceux qui paient et ceux qui ne paient pas", a-t-il encore déclaré.
"Au-delà se pose la question de l'indépendance de l'information politique par rapport à la sphère gouvernementale", a conclu Robert Rochefort.
Claude Guéant a rejeté l'idée d'une commission d'enquête, que réclame le MoDem et le Parti Socialiste. "Il n'y a absolument aucune nécessité", a-t-il dit. Il a laissé entendre que l'Elysée continuerait à rémunérer OpinionWay, l'institut au centre de l'affaire.
La Cour des comptes a fait part jeudi de ses interrogations sur un contrat d'une page signé en juin 2007 pour 1,5 million d'euros par an entre la présidence et un mystérieux cabinet d'études, lui-même chargé de commander des sondages à OpinionWay.
La présidence a ainsi payé en 2008 pour un "Politoscope" 392.288 euros alors que cette enquête a été publiée par LCI et Le Figaro et pouvait donc être connue gratuitement. Au total, 15 enquêtes payées sur fonds publics étaient disponibles dans la presse.
Le MoDem et la gauche voient le mécanisme comme un instrument de manipulation de l'opinion, OpinionWay étant à leurs yeux subventionné pour fournir aux médias des enquêtes aux méthodes discutées - utilisant internet - et laissant penser que la politique gouvernementale a l'appui de l'opinion.
De son côté, la Société des rédacteurs du Figaro, journal qui compte parmi les grands clients d'OpinionWay, a prié sa direction vendredi de "mettre immédiatement un terme à ce type de 'coproduction' qui nuit gravement à la crédibilité des titres du groupe", une demande rejetée par le patron du titre, Etienne Mougeotte.
Plusieurs médias ont en outre révélé que le cabinet signataire du contrat à 1,5 million d'euros annuels était la société Publifact, dont l'actionnaire principal est Patrick Buisson, ancien directeur du journal d'extrême droite Minute, ex-chroniqueur sur LCI, et proche de Nicolas Sarkozy qui l'a décoré en 2007 de la Légion d'honneur.