Lundi 19 janvier 2009 1 19 /01 /2009 18:05

L’observation majeure qui peut être faite à propos du plan de relance comme du chapelet de réformes qui s’egrène chaque jour est la suivante : pour quel objectif et cet objectif est–il le bon, celui que la société doit effectivement se donner ?

Or, le débat correspondant est très rarement engagé et la discussion se focalise sur les mesures proposées ou sur les insuffisances de la situation antérieure qui justifieraient les réformes proposées. C’est bien regrettable, car le sujet essentiel est bien entendu celui de l’objectif et le fait qu’il soit occulté remet en cause, a priori, la réforme elle-même.

En effet, l’explication de ce silence peut être diverse: l’objectif affiché peut être un leurre par rapport à l’objectif réel, il est indéfendable au regard de l’opinion publique et en conséquence doit être tu;  enfin, et c’est encore peut-être plus grave, il n’existe même pas de débat sur l’objectif et il apparait un quasi –consensus sur un but erroné.

Les deux premiers cas de figure font l’objet de nombreuses illustrations : réforme des services publics pour des raisons comptables, certes légitimes au regard des finances publiques mais qui disparaissent sous des prétextes fallacieux de meilleur service rendu aux usagers. La réforme de l’éducation ou de l’hôpital entre dans cette catégorie; la reforme de l’instruction ou de la télévision publique entre dans la deuxième catégorie, l’objectif réel étant indéfendable, renforcement du pouvoir de l’exécutif et restriction des libertés publiques.

 

En revanche, la question des objectifs du plan de relance semble entrer dans la troisième catégorie. Il semble se dégager un consensus autour d’un plan de relance de l’activité économique pour revenir à la croissance d’avant la crise.

Et s’il s’agissait d’une erreur complète dans la mesure où la situation future constituera un changement de nature et non de degré, dans la mesure notamment où les modes de consommation seront bouleversés et par voie de conséquence, les modes de production et les produits actuels seront obsolètes.

Comment ne pas voir la transformation excessivement rapide des comportements consuméristes, entre système D, soldes, explosion de la revente par internet, promotion des produits locaux, baisse tendancielle des dépenses liées à la voiture (achats de véhicules, essence, péages autoroutiers), essor de l’autopartage, développement des dépenses liées à la connaissance, la culture et internet ? Les consommateurs, c’est-à-dire nous tous, ne sommes nous pas en avance sur nos décideurs politiques et une grande partie de notre tissu économique, en ayant d’ores et déjà commencer à nous adapter au monde nouveau ?

Si cette analyse est la bonne, nous allons nous épuiser à financer en pure perte le maintien d’activités condamnées sous leur forme actuelle, sans aucune solution solide pour l’emploi de ces secteurs et en négligeant l’investissement dans les infrastructures publiques et les nouvelles activités. Dès lors, le débat n’est pas sur l’étendue de la récession ou sur la nécessité d’un plan de relance massif- ce qui n’est pas le cas en France à ce jour- ; il devrait en revanche porter sur les objectifs du plan et plus précisément du deuxième plan qui devra intervenir. Or, il ne peut y avoir un tel débat que pour autant qu’il existe une discussion sérieuse et préalable sur les conditions de sortie de crise.

Si nous pensons que les fondements de la création de richesses seront autres que ceux que nous connaissons aujourd'hui, alors, l'utilisation des deniers publics doit être bien différente : d'une part, il est impératif que la solidarité nationale se manifeste à l'égard de ceux qui sont les premières victimes de la crise, notamment les salariés des industries du secteur automobile et de leurs sous-traitants, non pas en subventionnant les industries pour continuer à produire les mêmes modèles, mais pour assurer la reconversion de ces industries et la formation des personnels.

D'autre part, il est indispensable de financer les infrastructures nécessaires à la sortie de la société du pétrole, en particulier en favorisant une très forte décentralisation énergétique qui permettra, en  particulier d'asseoir une relocalisation industrielle à partir des énergies renouvelables adaptées à chaque territoire. Enfin, les investissements dans la recherche-développement et dans la société de la connaissance sont les meilleurs que nous puissions faire aujourd’hui, puisqu’ils vont permettre à la fois la formation et le développement d'activités économiques dans de petites structures que permet  parfaitement la planète interne. Cette transformation exclut évidemment le financement des infrastructures traditionnelles comme les routes ou même les centrales nucléaires qui rendent impossible de fait le développement de l'efficacité énergétique et des énergies renouvelables.

Elle exclut également de maintenir le système fiscal actuel qui favorise outrageusement les revenus du capital au détriment de ceux du travail, l'augmentation du pouvoir d'achat devant se faire à partir d'une réduction de la pression fiscale sur les revenus du travail de la classe moyenne en particulier.

Enfin, le soutien au système financier, sans aucune contrepartie en termes de contrôle et de prise de participation, qui est une spécificité franco-française, doit évoluer pour assurer, au-delà des efforts très méritants de M.Ricol,  effectivement le financement de l’économie réelle.

 

Et plus particulièrement, plutôt que de concentrer les crédits sont les très grandes entreprises qui n'ont eu de  cesse de délocaliser  et de privilégier leurs intérêts financiers à très court terme, il serait intéressant d’ encourager le tiers secteur, celui de l'économie sociale et solidaire, qui représentent aujourd'hui 10 %  du PIB français et répond parfaitement à un développement durable de notre économie.

Par MoDem Savoie - Publié dans : France
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