Marielle
de Sarnez était l'invitée du Talk Orange/Le Figaro ce mardi. Elle a répondu aux questions de Guillaume Tabard.
Q : Marielle de Sarnez bonsoir.
Marielle de Sarnez : Bonsoir.
Q : Vous êtes députée européenne et vice-présidente du MoDem, le parti de François Bayrou. Alors François Fillon l'a confirmé aujourd'hui, la loi interdisant la burqa sur l'ensemble du territoire
national sera votée à l'Assemblée au mois de Juillet, cette loi prévoit l'interdiction totale de la burqa, est-ce que vous êtes d'accord avec le principe de cette loi ?
Marielle de Sarnez : Je crois d'abord qu'il faut rappeler un principe extrêmement simple, la France, notre pays,
c'est la république des visages découverts, des visages dévoilés et je crois extrêmement utile de rappeler en ce moment ce principe. Alors après sur la question de la loi, je me suis longtemps
posé la question. J'étais favorable dans un premier temps plutôt à une résolution. Nous pratiquons beaucoup les résolutions au Parlement européen, mais en France tant qu'il n'y a pas de loi, on
considère au fond que l'effet de symbole n'est pas là.
Q : Là, il y aura les deux.
Marielle de Sarnez : Donc là, on va d’abord voter une résolution, d’ailleurs moi je souhaite qu’elle soit votée, j’espère à l’unanimité, parce que je trouve que le rappel de ce principe-là, ça
mérite l’unanimité, et puis ensuite et bien écoutez si la loi, effectivement, s’avère nécessaire, je suis favorable à un texte législatif. Alors, j’y met quelques conditions, si vous voulez bien,
je pense qu’il faut vraiment que ce débat se conduise dans le calme, la sérénité et avec un esprit de responsabilité. C’est pour ça, par exemple, que je suis contre l’urgence et je trouve que le
Président de l’Assemblée nationale et le président du Sénat ont tout à fait raison dans leur démarche, ça ne se justifie absolument pas.
Q : Alors l’urgence, c’était cette procédure qui permettait une seule lecture dans chaque assemblée…
MS : Qui permet en fait qu’il n’y ait pas de débat parlementaire, d’aller très vite, parce qu’on dit qu’il y a urgence.
Q : Il y a un débat dans chaque assemblée quand même…
MS : Il y a moins de débats parlementaires, il n’y a pas d’allers et retours, on ne va pas au bout de la question, moi je considère qu’il n’y a pas urgence sur cette question, j’ai la même
position là-dessus que Bernard Accoyer et Gérard Larcher, je considère qu’ils ont eu raison de venir le dire au Premier ministre, d’abord les Français voient bien qu’ils ont d’autres problèmes de
vie quotidienne aujourd’hui, problèmes de chômage, problèmes d’emploi, les problèmes de crise économique, de pouvoir d’achat, donc il n’y a pas urgence. Et puis la deuxième chose que j’ai envie
de dire, je disais calme, sérénité, responsabilité, je pense que c’est très important de prendre son temps, que le débat ait vraiment lieu, et que le gouvernement soit ouvert à son Parlement, à
son Assemblée Nationale et au Sénat. Et qu’il soit à l’écoute des parlementaires et qu’il respecte leurs opinions sur cette question, parce que moi je crois que sur une question comme celle-là,
il faut rechercher une majorité la plus large possible.
Q : Et sur la résolution elle-même, donc qui sera votée le 11 mai à l’Assemblée, vous dites qu’il faut le consensus le plus large
possible…
MS : C’est un souhait.
Q : C’est pas bien parti dans le sens où une partie de la gauche, qui dit déjà qu’elle ne votera pas, et même le PS aujourd’hui se dit prêt à la
voter mais sous conditions.
MS : Ecoutez, sous conditions, je ne sais pas, après tout, nous sommes dans un débat parlementaire, on peut très bien imaginer que le gouvernement ait pas forcément raison à 100 pour cent dans sa
façon d’écrire le texte, après tout, s’il y a un Parlement, s’il y a une Assemblée Nationale et s’il y a un Sénat, c’est pour qu’il soit utile dans les débats et donc vouloir corriger un texte,
c’est la vie démocratique, c’est le débat démocratique parlementaire, c’est le moindre des droits, surtout qu’on a longuement parlé de la revalorisation du Parlement. Cela me semble absolument
normal. Mais c’est vrai que je souhaite, je trouve que pour un signal comme celui-là, pour qu’il soit fort, il faut qu’il soit le plus consensuel possible. Et donc c’est vrai que un vote à
l’unanimité sur la résolution serait une bonne chose, et après il faut créer les conditions, il faut que le gouvernement crée les conditions pour que le débat ait lieu de la façon la plus
approfondie, la plus responsable, pour qu’il y ait un consensus le plus large possible sur ce texte législatif.
Q : Et François Fillon a d’ailleurs commencé à procéder à des consultations…
MS : C’est une bonne chose.
Q : Et vous faites confiance à François Fillon pour rechercher et obtenir les conditions de ce consensus ?
MS : Ecoutez, j’espère qu’il est dans cet état d’esprit-là, c’est mon sentiment, je sais qu’il reçoit un certain nombre de responsables politiques et il recevra François Bayrou vendredi, je
trouve que c’est bien, c’est une bonne chose.
Q : Alors il y a un débat qui téléscope un peu celui sur la burqa, c’est celui sur Liès Hebbadj, le mari de cette conductrice.
MS : Est-ce que je peux dire un mot ? Vous avez dit un débat sur la burqa. Cela c’est quelque chose que je trouve dérangeant. Moi je suis pour un texte législatif. Le texte législatif, c’est pas
une loi sur la burqa. C’est un texte législatif sur le voile intégral.
Q : Une loi interdisant le port de la burqa sur le territoire national.
MS : Pas du tout, interdisant d’avoir le visage voilé. Et d’ailleurs le plus souvent, c’est la niqab et pas la burqa, donc je dis ça parce que je trouve que c’est bien d’employer les bons termes
quand on essaye de cerner les problèmes. Et il y a une chose que je voudrais ajouter, j’ai dit qu’il fallait que tout ça se fasse avec un esprit de responsabilité, je crois aussi qu’il faut, dans
le même temps, adresser un signal à la communauté musulmane de France et à l’Islam de France. Pour dire que, comme toutes les religions, ils méritent respect et considération.
Q : C’est ce que tout le monde dit aujourd’hui d’ailleurs.
MS : Oui écoutez, je trouve que c’est bien de le redire, et c’est bien de le rappeler.
Q : Alors, on rappelle les faits. Sur l’affaire donc de Liès Hebbadj, Luc Chatel qui est le porte-parole du gouvernement a fait ce matin le lien
entre les deux questions et a précisé la position du gouvernement sur un certain nombre d’affaires, on l’écoute.
Luc Chatel : Le port de la burqa, le port du niqab, crée un malaise dans notre pays. De la même manière que la burqa n’est pas bienvenue dans notre pays, la polygamie est interdite, et la
polygamie cachée n’est pas la bienvenue.
Q : Alors est ce qu’il est légitime, comme le fait le gouvernement, de chercher à comprendre ce qu’il s’est passé dans cette affaire, et si
jamais il y a cas avéré de polygamie, en tout cas de duplicité, de chercher des sanctions ?
MS : Je crois que là aussi que les choses sont très simples. Je rappelais un principe très simple tout à l’heure, nous sommes une république à visage découvert, il y a un principe très simple
c’est qu’il faut qu’on respecte la loi et que tout le monde respecte la loi sur le territoire français. Cela c’est un principe simple. Et donc que les pouvoirs publics fassent leur travail et que
la Justice fasse son travail.
Q : Donc vous n’êtes pas choquée que l’on cherche à comprendre ?
MS : Ecoutez, après on peut s’interroger sur, quelques fois on fait de la communication, peut-être la dose de communication est un peu forte sur tout ça. Moi je suis pour que les pouvoirs publics
fassent leur travail, qu’ils fassent respecter la loi sur le territoire de la République Française et que la Justice fasse son travail également.
Q : Alors on a parlé de consensus sur ces dossiers-là, il y a un autre gros dossier qui arrive aujourd’hui sur la table, c’est celui de la
réforme des retraites, est ce qu’il faut aussi obtenir un consensus de toute la classe politique sur la réforme des retraites ?
MS : Ecoutez, évidemment c’est toujours souhaitable. Mais moi je serai, dans cette réforme, nous sommes du côté des réformateurs. Nous sommes du côté de ceux qui disent, si on ne fait rien,
qu’est ce qui se passera, un jour à moyen ou long terme ? Et bien on ne pourra tout simplement plus payer les pensions des retraités. Et donc oui, il faut agir, et oui, il faut réformer.
Q : Comment réformer ?
MS : Alors il faut réformer avec justice. On a besoin d’une réforme sur le court terme et moyen terme. 30 milliards de déficits annuels aujourd’hui, c’est l’estimation du COR ; 100 milliards de
déficits annuels, en 2050 ! Il faut évidemment une première réforme.
Q : Cela passe par un allongement de la durée de cotisation par exemple ?
MS : Probablement, il faudra agir sur tout. On a la question de l’allongement de la durée des cotisations, on a la question de l’âge légal du départ à la retraite, alors on sait que c’est
compliqué parce que c’est le problème aussi des seniors. Quand les seniors arrivent à la retraite, ils sont déjà, pour trois sur quatre d’entre eux, au chômage, et cela signifie une chose très
simple : il faut plus d’actifs que de retraités. Le gouvernement doit créer les conditions pour que l’on ait plus de travail. Il faudra aussi agir sur l’ensemble : sur la durée de cotisation,
probablement sur le montant des cotisations. La question de l’âge légal de départ à la retraite, devra également être posée, sachant que, l’ensemble des pays européens qui nous entoure travaille
plus tard. Cette question se posera aussi pour la France. Il n’y a pas de tabou sur la retraite à 60 ans, mais il faut de la justice. Le Mouvement Démocrate enverra un document très précis sur
ces questions au gouvernement, après avoir consulté les syndicats pendant une dizaine de jours. Mais il y a des injustices que l’on ne peut pas laisser faire. Si vous mettez l’âge légal de départ
à la retraite à 61, 62 ans, il faut considérer différemment que ceux qui ont commencé à travailler à 16 ans, 17 ans ou 18 ans. Il y aussi la question de la pénibilité dont on parle depuis
plusieurs années, sur laquelle on n’a pas avancé, et il faudra avancer.
Q : Vous êtes députée au Parlement européen. On assiste actuellement à une crise financière, qui touche gravement la Grèce, qui aujourd’hui
semble gagner le Portugal, et les bourses européennes se sont effondrées…
MS : Et même en France…
Q : Est-ce que vous craignez une contagion, et même une déflagration en Europe ? Qu’est-ce que l’Europe peut faire pour empêcher cela
?
MS : Oui, je crains une contagion. L’Europe n’a pas agit comme elle aurait dû le faire. Je considère que le premier jour où la note de la Grèce s’est dégradée, c’est-à-dire début décembre, les
responsables de la zone euro auraient dû dire : quand il se passe un phénomène tel que celui-ci dans un pays de la zone euro, nous sommes là pour exercer une solidarité financière effective et
réelle. Résultat : on a mis quatre mois pour faire un plan, qui n’a pas stoppé ni les marchés, ni les spéculateurs. Les spéculateurs doivent comprendre que s’ils commencent à jouer avec la
monnaie d’un pays membre, c’est l’ensemble de la zone euro qui devra riposter. On a une absence d’Europe que je trouve absolument tragique. Je suis pour la création d’un fond monétaire européen,
parce que l’on doit être capable, chez nous, d’exercer cette solidarité financière. On a fait l’euro, mais on s’est arrêté à la moitié du chemin. La réalité est que, tant que nous n’aurons pas
d’Europe politique, de gouvernance économique, de coordination budgétaire, industrielle et économique nous serons dans une situation de faiblesse terrifiante. C’est le cas aujourd’hui.
Q : On n’a pas parlé de politique intérieure dans cette émission, mais il y a un internaute qui est un peu curieux et qui vous demande : «
avez-vous des nouvelles de François Bayrou parce que nous, nous n’en avons pas ». C’est vrai que depuis les régionales, on ne l’a pas tellement entendu.
MS : Je suis allée avec lui voir le Ministre en charge de la réforme des retraites Éric Woerth, il y a quelques jours. François Bayrou est soucieux de l’état de la France, de la dette publique et
du déficit - on a découvert le dernier chiffre : 152 milliards de déficits - de l’état de financement des retraites, de la question de la sécurité sociale, de la dépendance, du travail, celle du
chômage. C’est sur l’ensemble de ces questions que nous travaillons et que François Bayrou travaille.
Q : Et même si cela n’est pas du même ordre, François Bayrou est-il soucieux de l’état du MoDem ?
MS : Le MoDem va bien. Il y a du travail à faire, il le conduira. De ce point de vue-là, franchement, les difficultés ne sont pas là.
Q : Un sondage de BVA qui paraîtra demain dans l’Express le crédite de 7 pour cent au premier tour de la présidentielle. Son objectif reste 2012
?
MS : Pour moi, le moment de la campagne des élections présidentielles n’est pas venu. Je trouve d’ailleurs que les déclarations de candidature, jours après jours, ces dernières semaines, de
l’ensemble des prétendus candidats, dans la situation très difficile dans laquelle se trouvent la France et l’Europe sont, quelque part, un peu déplacées. Je ne suis pas pour cette compétition-là
aujourd’hui. Le moment venu, je pense qu’il y aura un projet porté par Nicolas Sarkozy, un projet porté par la gauche, et il y aura évidemment besoin d’un projet porté par le centre.
Q : Donc vous reviendrez pour en parler ?
MS : avec plaisir.
Q : Marielle de Sarnez, merci.