Robert Rochefort, député européen et vice-président du Mouvement Démocrate, était l'invité ce mercredi de l'émission "En toute
franchise" sur France Culture.
France Culture : Bonjour Robert Rochefort. Les parlementaires européens siègent cette semaine
à Strasbourg, il est question de crise économique, de gouvernance économique et du plan de sauvetage de l'euro. Justement ce plan date d'il y a 10 jours maintenant. Est-ce que l'euro est sauvé ou
juste guéri ?
Robert Rochefort : Je pense qu'on a réussi à endiguer la crise aiguë, mais comme souvent lorsqu'un corps est malade, une fois que vous avez réussi à endiguer la
fièvre, il faut ensuite soigner en profondeur. Et je pense que nous avons encore beaucoup de travail pour soigner en profondeur. Néanmoins, si je prends ce qui s'est passé depuis 2 jours il y a
quand même quelques petites avancées. Le fait que par exemple, on cherche à réguler les fonds spéculatifs. Le fait que Madame Merkel, entre parenthèses j'aurais aimé que ça se fasse d'une façon
plus plus européenne mais c'est déjà une très bonne chose, a annoncé la suspension de ce qu'on appelle les ventes à découvert ; ce qui est une façon d'endiguer la spéculation, c'est aussi une
bonne mesure. Mais on a encore beaucoup de travail devant nous.
France Culture :
Vous avez réellement encadré ces fonds spéculatifs ?
Robert Rochefort : Oui mais nous aurions pu aller beaucoup plus loin. Mais comme vous le savez, pour l’Angleterre en particulier et pour la City, ces fonds spéculatifs ça représente une grosse
source d’activité. Les Anglais étaient très réticents et il y a un premier pas qui a été fait mais…
France Culture : 70 pour cent de ces fonds sont hébergés par la City.
Robert Rochefort : 80 pour cent et on fait sans eux. Mais si vous me demandez s’il faut aller plus loin, oui je vous dis, il faut aller plus loin. Je trouve en même temps qu’il faut interpréter
cette décision en ajoutant ce qui a été fait en Allemagne hier, ce qui a d’ailleurs commencé en Grèce lorsqu’il y a eu le pic de la crise économique, c’est-à-dire la suspension d’un certain
nombre de ventes spéculatives sur les marchés.
France Culture : Sur la question des déficits budgétaires des Etats membres. La proposition
de Monsieur Barroso ; le contrôle des budgets nationaux, comment avez-vous réagi à cette proposition ?
Robert Rochefort : Comme la plupart des responsables européens. L’idée est je crois intéressante, il faut que nous allions vers une coordination économique et une discussion franche sur les
questions budgétaires ; mais de là à dire qu’il faut un gendarme qui regarde les copies avant qu’elles paraissent devant les partis nationaux pour voir si c’est correct. C’est maladroit dans
la forme et je rajoute que dire cela (de mon point de vue) : Les plans de rigueur qui sont imposés en Espagne, au Portugal, à la Grèce et la France mais heureusement avec moins d’intensité
sont des plans trop sévères et qui risquent de tuer le redémarrage de la croissance dans l’œuf.
D’une certaine façon, le fait de mettre deux informations en parallèle est me semble t-il très maladroit. Je crois encore une fois que l’idée est intéressante, qu’il faut qu’on approfondisse. Je
crois surtout dans un premier temps que ça conduit à l’eurosceptisme et on n'a pas besoin de ça.
France Culture : Cela ne relance pas des idées nouvelles pour la construction
européenne ?
Robert Rochefort : Si le fait de dire, mais nous l’avons dit depuis des années, qu’une monnaie unique impose une coordination des politiques économiques et budgétaires mais je vais plus loin
aussi. Il faut une coordination même si le terme est gênant, en particulier dans le cadre des traités, d’une harmonisation des politiques fiscales. Tout ça est juste, il faut que nous allions
dans cette direction mais vous voyez bien qu’en plein moment d’une crise où tout le monde se demande si l’Europe va survivre, où on amène des gendarmes pour vérifier les copies budgétaires avant
qu’elles ne passent devant les parlements nationaux je trouve que c’est très maladroit.
France Culture : Un dernier point franco-français sur les retraites. Ce matin, le débat
se fait sur cette idée de justice. Est-ce que c’est le projet du gouvernement ou celui du PS qui est le plus juste ?
Robert Rochefort : Je pense que ni l’un, ni l’autre n’est assez juste. Le vrai projet juste c’est le projet qui consiste à se projeter dans l’avenir plus lointain. Ce que ne font pas ces deux
propositions. Pour schématiser le gouvernement amène un peu de financement auprès des revenus les plus élevés en disant que ce sera hors bouclier fiscal. Le PS dit, il faut plus de financement et
taxer encore plus le capital. Mais la véritable justice, c’est de dire aux Français dans 10 ans, dans 15 ans vous aurez un système complètement transparent dans lequel vous vous retrouverez,
c’est ce que nous nous voulons au MoDem. Nous voulons un système par point, c’est-à-dire que chacun tout au long de sa vie sait à quoi il aura droit. Je vous mets au défi comme la plupart des
gens qui nous écoutent de savoir ce à quoi ils ont droit. Nous au MoDem, nous voulons une refonte absolue du système.
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