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Que la France tente de revendre ses stocks excédentaires de vaccins contre la grippe A/H1N1 est un peu "choquant" et "ridicule", a estimé lundi le président du Mouvement démocrate François Bayrou, proposant de faire "un vrai geste de solidarité" envers des "pays pauvres".
"Il y a quelque chose d'un peu choquant dans cette revente de vaccins. Il y a tellement de pays pauvres dans le monde qui sont, eux, soumis à de très grands risques. (...) Plutôt que de se livrer à cet exercice un peu ridicule (...), pourquoi on ne fait pas (...) un vrai geste de solidarité active?", a proposé M. Bayrou sur France Info, estimant que des dons de vaccins ne seraient pas "de l'argent détournable" vers des comptes situés dans des "paradis fiscaux".
Le président du MoDem n'a pas voulu critiquer le gouvernement pour avoir pris "peut-être des précautions excessives" en achetant trop de doses, mais il a qualifié de "lourde faute" stratégique le fait "de ne pas avoir associé les généralistes" à la campagne de vaccination, responsable à ses yeux du faible taux de vaccination actuel.
François Bayrou lance également dans son message un appel à "la solidarité", "la vertu la plus importante", selon lui. Il faut "se serrer les coudes quand les choses vont mal", "s'entraider", "lutter contre la solitude" mais aussi "se rassembler lorsque les choses vont bien et même quand elle paraissent pouvoir aller très bien", dit-il.
Enfin, il appelle "les citoyens" à retrouver et reconquérir "l'optimisme", à combattre "la résignation". "On a le sentiment qu'on ne plus rien faire devant le monde comme il va, qu'on n'a au fond plus de recours".
"Tout le monde voit bien. L'égalité des chances disparaît: je pense à l'enseignement. L'emploi disparaît: je pense à l'industrie, à toutes les industries françaises. Je pense aux agriculteurs, aux paysans qui sont désespérés pour beaucoup d'entre eux", explique François Bayrou. "Une autre politique est possible", assure-t-il en plaidant pour faire de la France et de l'Europe "un môle de résistance au monde tel qu'il va", "un pilier de résistance à la globalisation".
Le débat sur l’identité nationale, c’est "comme la muleta, le chiffon rouge, sous le nez du taureau". "C’est très précieux l’identité d’un peuple mais on ne doit pas faire flamber ça". "C’est très fragile un pays, il n’y a rien de plus facile que de faire se battre une partie du pays contre l’autre", affirmé François Bayrou.
"Bien entendu, je sais pourquoi ce débat est lancé : parce qu’on imagine qu’il y a là un gisement de voix qui ne demandent qu’à se mobiliser pourvu qu’on les excite", a-t-il encore dénoncé François Bayrou. C'est un débat "électoraliste" et "il y a là une exploitation qui est une diversion".
François Bayrou est aussi revenu sur les propos du député Pascal Clément qui a affirmé mardi : "Le jour où il y aura autant de minarets que de cathédrales en France, ça ne sera plus la France". "S’il y a des dérapages au sein d’un groupe parlementaire de l’Assemblée nationale normalement très policé, habitué au débat, imaginez ce que c’est dans les conversations de voisinage", a estimé le Président du Mouvement Démocrate.
Il a cependant indiqué qu’il participerait au débat sur l’identité nationale, notamment dans un document écrit. "Il faut évoquer la place de l’islam, l’immigration, l’intégration. Mais ces questions doivent être évoquées sur un ton, avec des références, avec une manière d’être qui donne le sentiment au pays qu’on le conduit, on l’élève et on le rassemble", a-t-il conclu.
Dans un entretien accordé au quotidien "Les Echos", vendredi 4 décembre, François Bayrou, Président du
Mouvement Démocrate, a répondu aux questions relatives au Congrès d'Arras et au projet programmatique :
Les Echos : Pourquoi tenir aujourd'hui un congrès programmatique ?
François Bayrou: Les Français ont bien compris - et partagent assez largement - nos doutes, nos réserves et nos critiques sur la manière dont on les gouverne. Mais ils n'aperçoivent aucun autre
projet qui pourrait leur donner de l'espoir. C'est donc à cette question du projet qu'il faut répondre. Ce que nous montrerons au terme de ce travail qui a rassemblé plus de 500 contributions,
c'est que ce projet alternatif est possible et cohérent. Et nous montrerons qu'un tel projet peut rassembler largement. Développement soutenable sur les questions énergétiques aussi bien que sur
la dette ou sur les retraites, économie créative, justice, égalité des chances, démocratie réelle... Nous défendons un projet de société soutenable au travers des générations, une économie de
liberté et une action publique tournée vers un impératif de justice.
François Bayrou : La dette n'est pas soutenable. À proprement parler, le déficit est aujourd'hui hors de contrôle. Quand le budget d'un pays est à 50% de déficit annuel, lorsque tous les jours il lui faut emprunter 500 euros pour en dépenser 1.000, il va dans le mur à court terme. La politique qu'il faudra conduire pour réduire les interventions inutiles, pour décider d'une réforme fiscale, allant dans le sens de plus de justice, supprimant, par exemple, le bouclier fiscal, s'attaquant aux "niches" indues, retrouvant la progressivité de l'impôt, exigera une large majorité politique. Il faudra un contrat de modération dans les dépenses publiques, y compris avec les collectivités locales. Aux régionales aussi, nous porterons ce message.
Alléger ce qui est trop lourd, c'est bien. Mais amputer le nécessaire, c'est contre-productif. Et il faut se sortir une idée fausse de l'esprit : ce n'est pas la seule fonction publique qui est responsable de notre déficit.
Il faut revenir à la justice, et donc à la progressivité de l'impôt. Surcharger les classes moyennes, et protéger les plus privilégiés, c'est insupportable.
Cette proposition constitutionnelle d'interdire tout déficit de fonctionnement en période de croissance était au coeur de mon projet de 2007. À l'époque, l'UMP la combattait. Depuis, l'Allemagne d'Angela Merkel l'a adoptée pour l'horizon 2014. Je m'en réjouis et j'attends qu'on en vienne là en France. Plus encore, j'attends qu'elle soit mise en pratique, alors que jamais on n'a creusé autant les gouffres de la dette et des déficits, à coup de mesures sans cohérence comme la TVA pour les restaurateurs. Et c'est fausse route que de faire croire que le salut est dans l'emprunt supplémentaire...
35 milliards, c'est presque le montant de la totalité de l'impôt sur le revenu ! Nous nous abusons nous-mêmes en jugeant ces chiffres négligeables...
La politique de l'emploi est dispersée et incohérente. La création de Pôle emploi se fait dans le plus grand désordre. Les charges sur l'emploi ne cessent de croître : la réforme annoncée de la taxe professionnelle, c'est, de manière détournée, le retour de la part salariale dans la taxe professionnelle. Les grandes entreprises industrielles y gagneront. Mais les TPE, les PME, notamment dans les services, y perdront. Et ce sont elles qui créent le plus d'emplois. Que ferais-je à la place du gouvernement ? Une politique en faveur des TPE et des PME, avec les deux premiers emplois sans charges et un vrai "Small Business Act".
La valeur ajoutée que l'on va taxer, c'est pour les deux tiers des salaires. Vous verrez le résultat...
D'abord la conception de l'entreprise. Au PS, il y a trop souvent méfiance à l'égard de l'entreprise. Quand Martine Aubry annonce qu'elle veut envoyer au tribunal toute entreprise qui licencie alors qu'elle réalise des bénéfices, j'ai l'impression d'une fuite à gauche sans issue. Heureusement que les entreprises adaptent leur situation avant d'être dans le rouge ! Autrement, on peuplera les cimetières d'entreprises... Et je ne crois pas que l'État soit la solution à tous les problèmes. Je crois davantage à la société organisée et vivante qu'à l'État tout-puissant. Enfin, la posture officielle du "tout-à-gauche" n'est pas la mienne. Pour moi, le gauchisme n'est pas une issue. C'est une impasse.
Je trouve, au contraire, que les lignes bougent. Lentement, mais elles bougent. Et elles bougeront, car personne ne peut avoir la majorité seul : il n'y a aucune alternance possible si on continue à se regarder en chiens de faïence. La France n'est gouvernable que par un "arc central" qui aille de la gauche, au centre et j'espère même à une partie de la droite républicaine, dont les valeurs sont niées, et qui aujourd'hui encore se tait. En cet arc central, on peut gouverner la France de manière cohérente et juste.
Ma détermination est inentamable. Ce que je défends, le temps l'imposera. Si alternance il y a ce ne pourra être que sur un projet fédérateur, des idées justes et simples où chacun pourra se retrouver sans renier ce qu'il est. C'est pour cela que je crois à un projet qui aille, sans concessions, au bout de l'idée humaniste. C'est la seule voie pour dépasser le double constat d'échec des décennies passées : le capitalisme, parce qu'il est amoral, ne peut constituer un projet de société ; et l'étatisme jacobin ne marche pas et stérilise un pays.
Chaque fois que nous avons eu des sondages modestes au début, nous avons eu de bons scores à la fin. Et réciproquement. Tout le reste est question de travail.
- Vendredi 24 au dimanche 26 septembre : université de rentrée sur la Presqu'île de Giens